En France, le vinyle vient de franchir une étape symbolique : pour la première fois depuis le milieu des années 1980, il dépasse le CD en valeur sur le marché de la musique physique. Une embellie confirmée par les derniers chiffres du secteur, qui dessinent un come-back porté moins par la nostalgie que par une génération qui n’a pourtant pas connu l’âge d’or du 33 tours.
Un basculement historique dans le marché physique
Selon les données du Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), le marché français de la musique enregistrée a généré 1,071 milliard d’euros en 2025, en progression de 3,9 % sur un an. Dans ce total, les supports physiques pèsent 205 millions d’euros, en hausse de 5 %, et le vinyle en est le principal moteur : environ 6 millions d’unités vendues pour 113 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit une croissance de près de 15 % en un an, contre 5,4 % l’année précédente. Le disque noir représente à lui seul près d’un tiers de la progression du marché physique, tandis que le CD continue son repli.
Une nouvelle génération d’acheteurs, pas forcément d’auditeurs
L’angle le plus surprenant de ce come-back tient au profil des acheteurs. Selon une étude Kantar Media citée par la presse spécialisée, environ quatre acheteurs de vinyles sur dix ont moins de 35 ans : des consommateurs qui n’ont jamais connu le vinyle comme support de référence, contrairement à leurs parents ou grands-parents. Autre signal frappant, relayé par plusieurs professionnels du secteur physique à l’échelle mondiale : environ un acheteur sur deux n’écoute jamais les disques qu’il achète. Le vinyle y devient moins un support d’écoute qu’un objet de collection, de décoration ou un geste d’attachement à un artiste, à rebours de la logique purement fonctionnelle du streaming. Ce phénomène d’une nouvelle génération qui redonne vie à des pratiques qu’on croyait révolues dépasse d’ailleurs la seule musique.
Le streaming, toujours dominant, mais qui ralentit
Le vinyle ne menace pas la suprématie du streaming, qui reste de très loin la première source de revenus du secteur avec 65,5 % du marché total et une progression de 9,1 %. Mais le détail est révélateur : le streaming payant par abonnement, à 553 millions d’euros, ne progresse « que » de 5,9 %, quand l’offre gratuite financée par la publicité, elle, bondit de 12 % sur un an. Un ralentissement relatif de l’abonnement payant que l’on retrouve aussi dans d’autres industries culturelles : le marché du livre audio connaît lui aussi une progression continue tirée par le streaming, preuve que les habitudes de consommation culturelle évoluent en profondeur, au-delà de la seule musique.
Pourquoi ce paradoxe n’est pas isolé
Ce grand écart entre pratiques numériques et retour à l’objet physique se retrouve ailleurs dans l’économie des loisirs. Des secteurs qu’on pensait dépassés retrouvent une seconde jeunesse justement grâce au numérique, qui facilite leur découverte et leur diffusion : c’est le cas, par exemple, du marché de la voyance et de l’astrologie, lui aussi porté par les réseaux sociaux et une audience plus jeune que prévu. Le vinyle illustre à sa façon ce même mouvement : le numérique n’efface pas l’attrait pour l’objet tangible, il lui offre parfois une nouvelle vitrine.
Pour les maisons de disques comme pour les disquaires indépendants, ce come-back du vinyle en France reste toutefois à surveiller : la croissance, spectaculaire en valeur relative, part d’une base encore modeste face aux plus de 20 millions d’unités écoulées au sommet du marché dans les années 1980. Reste que la tendance, elle, est claire et durable depuis dix-neuf années consécutives de hausse.
Questions fréquentes
Le vinyle vend-il vraiment plus que le CD en France ?
Oui, en valeur : en 2025, le vinyle a généré davantage de chiffre d’affaires que le CD sur le marché physique français, une première depuis le milieu des années 1980, selon les chiffres du secteur.
Qui achète des vinyles aujourd’hui ?
Une part significative des acheteurs, environ quatre sur dix selon une étude Kantar Media, a moins de 35 ans. Une partie de ces acheteurs collectionne les disques sans forcément les écouter régulièrement.
Le streaming musical est-il en déclin ?
Non, il reste largement dominant avec près des deux tiers des revenus du marché musical français. Mais sa croissance ralentit du côté des abonnements payants, tandis que l’offre gratuite progresse plus vite.
Sources
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